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Ecrits, pensées, تاملات

Parole de Teryel

 

  Moi, Teryel, mère de terre et de l'air, je mets terme à un long voyage et rentre dans ma demeure. je me livre à l'appel pressant provenant du firmament ou du fond du temps ou des profondeurs de mon être. Je délivre mes mots, le silence des nuits sans étoiles aidant.
  Teryel est mon nom. Dans les livres, les dires et la pensée des humains, je suis l'ogresse, mangeuse des êtres et des bêtes. Wikipedia me colle une photo d'un si mauvais goût. En tout cas, les hommes ont toujours flanché devant les vérités. Insoumise, je le suis. Autonome, si. Pourtant, je n'aime pas les comptoirs, les rires sauvages, les plaisirs d'un soir. Je méprise et les alcôves et les esprits frivoles . Je ne pense pas comme la marquise qu'il faut "venger" son sexe et "maîtriser" l'autre.  Pour une Teryel, c'est passer à côté de la chose, nier son essence.Sur la terre des hommes, j'ai droit à plusieurs surnoms: la grâce, la douceur, la sorcière, la fitna. Bref, tous les ingrédients pour faire une ogresse à l'humeur belliqueuse, à l'apparence trompeuse. Mais le plus inspirant des surnoms est celui de "Maîtresse". C'est hilarant comme il fait couler des encres! Ils ont tout saisi de ce mot sauf son véritable sens. Ils se sont attardés sur la chair pour en dessiner les contours, pour rabaisser le désir. Ils ont fait appel aux voix des ténèbres pour mettre à nu sa faiblesse. Ils ont réinstauré l'Agora pour la dénigrer, cette maîtresse. Et moi, Teryel, je les vois dans leur transe se soûler de leurs mots et je ris. Je ris car je sais que ces sobriquets les délivrent du malaise que je cause. Cela calme leur conscience de tant de rage sans issue. Cela soulage les femmes qui ne soutiennent la présence de cette tahorrit si bien dans sa peau. Je les vois rongés de leur envies, leur double vie, leur ego malmené...et je souris.
  Moi, Teryel, je suis le regard limpide, le souffle sensible, la fragile indomptable, l'arche à coup incurable. Maîtresse, je le suis, mais de moi -même. Sur moi, je n'aime qu'on ait du pouvoir sauf pour le maître, le compagnon des nuits et des jours, ce sourire amical lors des journées grisâtres, ce regard remontrant devant les erreurs, ce grand cœur qui pardonne, la main rassurante qui soutient, la présence qui se fait vide au besoin. Invisible pour les communs qui tergiversent entre les vals et les monts, je cesse de l'être pour ceux qui ne craignent pas les Monts, domaine des Aquilas et de pur-sang.
  Des voix s'élèvent en chants, brisant le silence de cette nuit sans fin. Des voix qui glorifient Dieu, qui prient pour une humanité tachée de sang, vomissant la haine, détournant le regard du Simple et du Beau. Mais qui vois-je là? Afrika s'entretient avec Gaïa à propos de l'appel de la terre, de la nostalgie des temps et des ailes des aventures. Sophia parle sans arrêt et Logos lui prête oreille, attentif et/ou méfiant. Poséidon chante son poème Océane sur la mélodie du mystère profond. Poème rimé en vague et en vent. Traversant le ciel et les sphères, ce chant se répand en gouttelettes fines et parfumées. Mystère respire ce parfum bleu et, depuis, en devient l'ombre. Créativité se laisse rafraîchir par cette pluie fine et s'ennoblit d'une profondeur secrète. Muses, lasses de leur solitude,feignent la joie,inspirent le mot, une lyre dans la main et une haine obscure dans le cœur. Elles en veulent à ces enfants qui fomentent trop, qui les appellent sans cesse à la recherche de la belle tournure afin de mieux enivrer les esprits, de se voir si génie, afin de parler devant les autres du vrai, du beau et du juste; laissant les muses à leur solitude, sourire figé sur les lèvres, amour meurtri dans le cœur. Mais avec le temps, Muses ont appris les règles du jeu, forgeant leur force dans le silence et la rébellion. Détournant mon regard de ce spectacle enchantant, je lâche mes longs cheveux noirs au vent pour qu'ils épousent la noirceur nocturne. De cette union scintillent des diamants célestes. J'arrache de mes tripes ce mal atroce, de ma gorge cette boule douloureuse et je crie. Le hurlement perfore le ciel et les sphères et retentit sur terre. Là-bas, ils ont parlé d'un semblant de tonnerre pendant un mois de novembre. Le mal est toujours là. Soupirant, ou de malaise ou de résignation, je délivre mes maux en mots.

  Je me suis rendue à la terre des hommes pour revoir les Lounja au cœur rebelle, à l'âme libre et fière. Quelle horreur!  J'ai vu des créatures enchaînées, fades ou trop tintées. Mais pourquoi? ai-je crié. - C'est notre destin, me disent d'aucunes. Mais comment pourquoi; s'indignent quelques-unes? C'est notre mission: on est le fruit vite coqué vite abîmé. C'est entre les dents qu'il faut se trouver et non joliment suspendues à un arbre fruitier. - Mais nous voilà que nous nous battons, que nous essayons de laisser une empreinte dans ce monde. -C'est au nom de la religion: il fallait amuser Adam. -C'est qu'on est fatiguées. On veut juste la paix. L'une d'elle se lève s'avance et me dit:
"- Ecoute mère de terre et de l'air, le parfum des ancêtres, moi Lounja, je t'expliquerai les choses. Tu nous a appris les bonnes mœurs :être honnête, œuvrer pour le bien et demeurer fièrement libre. Nous avons mené une longue vie à suivre ce chemin, à transmettre cela à nos enfants, aidées et chéries par le compagnon des nuits et des jours. Or, il est venu un temps où nous avons fait un somme. Au réveil, on s'est retrouvé devant deux grands guerriers qui disaient défendre le bien suprême. L'un est nommé Religion, l'autre Modernisme. Chacun à sa façon instaurait de nouveaux dogmes. Ils inculquaient des mots en -TION et en -ISME, prétendant ainsi incarner la conscience, "mener vers les droits chemins sans fausser." Chacun à sa façon piétinait ce qui nous est le plus cher: la fière liberté. Depuis, la terre est devenue un immense camp de bataille.
  Religion dit: Couvrez, stigmatisez, rendez coupable tout mouvement d'âme, tout désir, toute envie. Du Savoir, interdisez l'accès, brouillez les chemins. Rendez confus us et préceptes. Promettez l'enfer et la damnation à tout esprit qui ose penser, qui ose s'interroger. Et si quelques malins s'insurgent, collez-leur l'étiquette d'athée. La foule se chargera du reste. la foule, notre armée adorée! Des textes ont été inventés au besoin pour justifier les guerres naissantes, la cupidité sanglante, pour interdire les couleurs, l'air et les chants. La science se limitait en quatre têtes; chercher au-delà c'est sortir de la milla. Les "porteurs" de la parole divine se mirent au service des rois, du sédatif en vogue dit idéologie. Dans tout ce vacarme, le chemin vers Dieu devient nébuleux et dure devient la quête de sa lumière. Le compagnon des nuits et des jours semble ne plus vouloir revenir sur les privilèges que lui accordait Religion.Il semble aime son statut du maître dominant la compagne de jadis, celle qui osait se désigner de "maîtresse". Finalement, Religion assura: -Mêlez mon nom en toute action, cela rend crédible. Semez des -isme partout, cela fait savant. Un pieux croit au savant! Et surtout, détournez le regard du Simple et du Beau.
  Modernisme ordonna: Découvrez le tout. Chatouillez les esprits par des idées grandioses sur la liberté. Cette dernière, rendez-la une idée, un navet, et pour les plus raffinés une philosophie. Ainsi, la liberté ne sera plus dans le Simple et le Beau, mais dans le superflu et l'incompris (ou mal compris) Découpez les liens avec le Passé. ce grand ennemi, rendez-le vieux, démodé. Cela rebutera le narcissique chez l'humain. Mais pour sûr que Narcisse est vivant au fond de nous, admirant sa beauté, son intelligence douée. C'est Narcisse qui manœuvre et raffine les dires et les comportements afin de mériter la bonne réputation. Passé -ce grand ennemi- sait pertinemment qu'ouverture n'est pas une étiquette à porter mais un énorme travail sur soi et en rapport avec l'Autre. Perpétuel travail de reconsidération, de recueillement, d'ébranlement même. Quant à la science, répartissez-la en disciplines, en doctrines en -isme et en -tion, permutant ce vaste monde en îlots.Tuez le cosmopolite par ces armes infaillibles: nationalisme, tribalisme et tous les autres bla-bla-isme. Ainsi et selon les dires de l'écrivain maudit "le monde poussait les gens vers la direction opposée, vers l'étroitesse, la bigoterie, le tribalisme, l'esprit du culte et de guerre"; La femme lâche la main de son compagnon, ou trop séduite par cette nouvelle voie d'épanouissement ou se vengeant à sa façon du maître tyran. Une guerre inégale où préjugés, traditions et religion ne sont pas les meilleurs ralliés d'Eve. Même sous le règne du Modernisme, elle continue à marcher pas sondés,paroles, attitudes et rêves surveillés. Finalement, Modernisme ajouta:-N'oubliez pas les deux potions magiques, donnant légitimité à tout:  identité et humanité.

  Et depuis, entre ce marteau et cette enclume, hommes et femmes sont devenus aliénés, ne pouvant se rappeler qui sont ils vraiment, ni comment ils vivaient avant. Les accusations sont échangés :"dévergondés", "bornés", "libéral", "crédule"...Les identités rétrécissent, se referment sur elles-mêmes,une atmosphère de haine règne. Religion s'accapare du pouvoir et Modernisme accumule les richesses. Le chemin vers Dieu devient de plus en plus nébuleux. Quant au Simple et au Beau, ils se retirent à l'ombre, Seuls quelques rares prennent soin d'eux.
-Qui sont ces rares?
-Ceux qui s'insurgent, qui osent penser. Ceux à l'âme sensible, au regard perçant, les damnés d'un jour car ils ont dit Non!"

  Moi, Teryel, devant ces êtres aliénés, aveuglés et prisonniers, je reconnais me sentir perdue, vaincue. Je ne puis que donner raison au ruisselet de Spiteller qui, décrivant la race des hommes, constata: " (...)avec quel zèle se fuient ceux qui se convoitent ardemment, avec quelle application  se taisent ce que chacun brûle d'entendre". Coeur morne, je m'allonge non loin du Simple et du Beau, jouissant de leur silence soufflé en mots, en couleurs, en chants. Du coup, le silence devient vie. Un enfant qui rit. Du coup, le chemin vers Dieu cède enfin, commençant par l'interrogation, débouchant sur les méditations et inondant le corps d'une paix lumineuse. Coeur  plus léger, je m'apprête à quitter ce triste décor où l'on mène des guerres sans nom ni gloire. Guerres où le grand gagnant est ego, où les médailles rapportées sont des perditions. Je susurre le secret à Lounja comme Muses l'ont confié à Calypso. Ainsi, je mets terme à un long voyage et entre dans ma demeure. Je me livre à l'appel pressant et délivre mes maux en mots.

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