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Ecrits, pensées, تاملات

Miroir, dérobe-moi ces faces

   Il était une fois une jeune fille qui aimait regarder la glace dans la pénombre. Fatiguée de ces soleils qui ne réchauffent guère, de tous les mots vains, elle attendit le soir et dit:

_"Miroir, miroir, montre-moi ta face et décris-moi ce monde en couleurs."  Alors, le miroir lui montrait les pays de rêve les plus lointains, les dunes lyriques, les horizons multicolores. Sous l'aile protectrice de la nuit, elle dansait, se réjouissait de ces voyages, fit des rencontres si improbables. Rassasiée, elle remercia le miroir pour ce ballet et regagna son lit. Certes, avec tout cet enchantement elle pourrait accueillir les lendemains plus ou moins livides. 

  Or, et par d'étranges précipices jusqu'à elle  inconnus, elle se trouva un jour au beau milieu d'un palais de glace. "On" la forçait à se voir sous des projectiles fort allumées. L'horrible n'était pas la foule qui scrutait le salon ni les images reflétées, mais plutôt le son que produisaient ces images. Ahurie, angoissée par toutes ces images qui la barricadaient de partout, des questions fusaient dans sa tête, bourdonnant comme la cascade de Niagara. Pourquoi moi? ne cessa t-elle de se demander, pareille à cette enfant qui l'a longtemps hantée. Par quel moyen? Par quel chemin? Etait-ce un chant de Griot ou celui d'un Bohémien? Comment fermer les fenêtres pour ne rien laisser voir? Comment faire taire la pensée bavarde, la pensée qui trahit? Courroucée, elle en voulait à la mort au seigneur du château, ce polisseur des glaces, le forgeron des âmes de bonne volonté. Elle criait son nom de par les tempêtes, les vents et les océans. Il refusa de se montrer: son langage était autre. Méchamment amusée, sa distraction devint de le haïr, le maudire nuits et jours. 

  Fureur apaisée, elle contemplait la scène offerte à ses yeux: un bal masqué! Mesquins, dit elle sur un ton de mépris. Des créatures à la peau crème, prétendant aimer la lumière mais vivant dans l'ombre, vociférant leur amour de liberté entre les murailles  de ce vieux château. Dérobés derrière les paravents, ils applaudissent une phrase bien taillée, tombent des nues à la vue d'un circonflexe en vingt lignes esquivé, atteignent les orgasmes multiples devant le mot retranché,inversé, massacré. Ils se félicitent de leur esprit rebelle, de leur étiquette de"marginaux". Certains d'entre eux, moins confortables dans leur posture, malaisês dans leurs discours, s'arrêtent subitement pour vérifier le dictionnaire L.T. si "sourire"est utilisé à bon escient, si "lèvre" est bien maquillée selon la règle de l'abbé B. Tous ricanent, versent le poison dans les verres des passions. Et pour finir,s'étirent les cheveux devant tant d'incompréhension. Incompréhension de qui, puisqu'ils ne parlent qu'à eux-mêmes dans leurs grottes des forêts lointaines?! Folie dénuée du prestige de l'absurde. Folie pour Folie.   Tournant la tête vers l'autre côtê, elle vit une vieille dame assise. Son visage gardait les traces d'une certaine beauté austère. Elle lui fit signe de s'approcher puis dit:

-" Je suis la Langue. Langue tordue par leurs jeux fastidieux,leurs orgies de mots. Tout a commencé lors d'un bal où l'ennui s'est invité. Tu sais ma fille, l'ennui inspire des fois. Eux,les désabusés de la vie, de ses pièges et ses mets succulents. Eux pour qui le présent est si peu, voulaient l'enjamber vite fait vers le post-moderne. A vrai dire, je me plaisais dans leurs jeux au départ. Je me voyais habillée différemment, dérobée derrière des masques multiples. Devins venaient de loin pour montrer leur numéro, le mot éclata en mille morceaux,se revêtit de différentes couleurs, mêla ces sens-ci avec ces idiomes-là. C'était fantaisie pure. Pourtant, enclavée dans leurs tours secrètes, privée d'air, d'eau et de rêves, je vieillis vite. Peau asséchée par tant de dogmes. Souffle coupé, je fus réduite à une simple syntaxe rudimentaire. Ils ont tué mon âme à petit feu, ces marginaux qui se voulaient rois. Mais toi, étrangère de ces lieux, je te confie ces deux perles. Garde-les, ça te mènera vers la sortie." 

  La jeune les vit pour une dernière fois. Dédaigneuse, elle rebroussa chemin et passa devant les glaces de l'entrée. Elle se tint devant un miroir qui ornait une armoire. Il était décoré par des antiquités de l'Asie et des Mayas. Elle resta figée, éblouie, fascinée par cette trace de pensée humaine  qui se veut suprême. Etrangement apaisée, l'horreur des marginaux disparut. Elle regarda ce miroir, vit une ombre qui s'apprête à tomber dans le vide, un billet qui retrace les chemins de l'ignorance. Elle ferma les yeux, revit le ciel bleu, les vagues qui bercent, l'air qui caresse et le vent qui balaie. Les rouvrant à nouveau, vinrent se dessiner des images précises: l'ouverture livrant bataille contre la bigoterie, la tolérance sourire à l'indifférence, la raison cadençant le pas des fureurs. Se rappelant les paroles de Langue, elle ouvrit sa main et vit les deux joyaux qu'elle connaissait bien. Simple et Beau. Fermant la porte du château, elle acueillit la lumière du jour. La vie continue.   

 

  Mortes sont les idées qui vivent dans le silence. Venimeuses sont ces idées mortes qui hantent un esprit. Iman Ait 

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